@@@ Témoignage. Durée 1h
"Trois semaines après le paradis", au Petit Hébertot, 78bis, bd des Batignolles, 17e, . Tél. 01 43 87 23 23. Du mercredi au samedi 21h. D'Israël Horovitz, mise en scène de Ladislas Chollat avec Daniel San Pedro. (Ed. L'Avant-Scène Théâtre). Jusqu'au 8 mai.
Comment y aller ? M°Rome, station velib 74 bd des Batignolles (8020)
"Et maintenant, voilà que je suis un papa irakien, un papa israëlien, un papa palestinien, un papa afghan. Je suis passé de l'autre côté de la barrière et je connais la terreur abjecte. Je sais que je veux protéger ma famille, mais je ne sais tout simplement pas comment. Je suis désemparé. Je peux encore prétendre avoir un semblant de contrôle théorique de la situation, mais je sais que ce n'est qu'illusion, je suis livré à moi-même. Je suis désemparé."
Voilà coup sur coup deux très jolies pièces que je découvre à un mois d'intervalle, "Le détail des choses" et "Trois semaines après le paradis", partageant un même point commun, le metteur en scène Ladislas Chollat. Juste en aparté, je vous conseille de suivre de très près ce jeune homme doué, qui a en plus le bon goût de se retrouver dans de très jolies pièces.
Dans "Trois semaines après le paradis", il a su coller au texte magnifique d'Israël Horovitz, à son témoignage du 11 septembre vécu au plus près, à l'effondrement des deux tours à quelques pâtés de maison à peine de chez lui. Le dramaturge américain nous raconte son angoisse de savoir son fils à l'école juste en face, son soulagement de le voir arriver avec une bande de copains, les cauchemars qui reviennent chaque nuit, l'angoisse sourde toujours là "trois semaines après le paradis", les affiches des disparus devant lesquelles il passe chaque jour pendant son jogging, la folie latente, la difficulté pour un auteur de raconter l'irracontable.
"Encore une pièce sur le 11 septembre !" ai-je entendu. Mais pourtant, s'inquiète-on de la multiplication sur scène des cocus idiots ou autres imbéciles grossiers ? Et oui, c'est bel et bien une pièce sur le 11 septembre, difficile malheureusement de faire l'impasse. En "super-papa", Israël Horovitz pose la question : quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? Magnifiquement humaine, intime et universelle, cette pièce nous attrape par les tripes et nous arrache même des sourires, lorsque l'auteur s'en prend à Bush, le fils qui "commence à ressembler à un président, au lieu de la poule mouillée minaudante d'il y a quatre semaines, dont la famille avait volé le boulot à sa place". L'horreur vous change bien un homme. Et je ne peux finir ces quelques lignes sur cette pièce sans vous parler de son comédien, Daniel San Pedro, admirable. Au fait, vous ai-je dit que c'était un coup de coeur ?
Où sortir après la pièce ? Christine Delterme, attachée de presse, nous livre ses adresses.
La Sardegna, 94 bd des Batignolles, tél. 01 43 87 26 84. "C'est le grand rendez-vous du théâtre Hébertot et du Tristan Bernard, un restaurant de comédiens qui sert tard, après les spectacles. Un sublime italien où les calamars frits sont à tomber. On y est un peu chez soi. Par contre, ce n'est pas super donné, on s'en sort pour 35€ environ."
Le Picador, 80 bd des Batignolles, tél. 01 43 87 28 87. "Un autre très bon restaurant, espagnol celui-là où l'on vient manger des paëllas ou des tapas. Il est moins théâtreux que La Sardegna, plus familial."
Le Paris-Rome, 62 bd des Batignolles, tél. 01 45 22 43 25. "C'est la vraie brasserie parisienne, avec une cuisine tendance auvergnate. On y mange très bien, et ils servent tard."

"Encore une pièce sur le 11 septembre ! (...) Mais pourtant, s'inquiète-on de la multiplication sur scène des cocus idiots ou autres imbéciles grossiers ?
==> Bien vu non?
Bravo Valérie Beck pour ce site formidable ou l'on ne cherche rien à vous fourguer, à part l'amour du théâtre !
Rédigé par : alisk | 21 avril 2008 à 13:45