@@@ Saga musicale et théâtrale. 1h45
"L'opéra de Sarah", au théâtre de l'Oeuvre, 55 rue de Clichy, Paris 9e, tél. 01 44 53 88 88, de 20 à 40 euros. De et mise en scène d'Alain Marcel, avec Jérôme Pradon et au piano Damien Roche.
Comment y aller ? M°Place de Clichy, station vélib 4 rue de Parme (9037).
@ Eric Devert
Pieds nus, sans décor ni costume, Jérôme Pradon nous livre un sacré numéro. Une sacrée performance même, à ne surtout pas manquer. Pendant près de deux heures qu'on aimerait voir durer bien plus longtemps, il va faire revivre Sarah Bernhardt pour nous raconter la première partie de sa vie, depuis son enfance jusqu'à son départ en Amérique. Et quelle vie ! Dans son récit, joué et chanté, Jérôme Pradon, seul en scène, va interpréter près d'une soixantaine de personnages différents. Sarah Bernhardt bien sûr, mais aussi, pour ne citer qu'eux, sa mère courtisane proche d'Alexandre Dumas père, le duc de Morny, demi-frère de l'Empereur et créateur de Deauville,, Rossini, M. Provost, professeur de diction au Conservatoire, George Sand, Napoléon III, un Prussien, Victor Hugo et même le Prince de Galles ! Autant de personnages qui ont croisé Sarah Bernhardt et ont été les témoins de ce destin exceptionnel.
Et pourtant, rien de gagné par avance pour elle. Miraculée de la petite enfance où elle a failli brûler vive après une chute dans un feu de cheminée, elle manque de finir cocotte au milieu des amis très fortunés de sa mère, ne rentre au Conservatoire que par la grâce du piston du duc de Morny, enchaîne bide sur bide à la Comédie Française, en est renvoyée après une altercation avec une comédienne maison, et semble condamnée à enchaîner les rôles d'évaporées au théâtre du Gymnase. Mais elle finit enfin par rencontrer le succès en 1867, à l'Odéon, dans une pièce de George Sand. La suite est encore plus rocambolesque. Scandaleuse, ambitieuse, talentueuse, manipulatrice, maîtresse femme et femme fatale, elle collectionne les amants, élève des fauves, dort dans des cercueils, choque et fascine, traverse la guerre en jouant à l'infirmière dans un hôpital qu'elle ouvre au théâtre de l'Odéon, enflamme la scène jusqu'à Londres. Et bien Jérôme Pradon est tout cela à la fois ! Dès les premières minutes, il nous accroche et nous captive comme interprète de ce destin hors du commun, et ne nous lâchera qu'à la fin, heureux, bouleversé et impatient de suivre le deuxième opus dès septembre prochain, l'époque américaine. On sort du théâtre de l'Atelier avec des airs plein la tête et comme un peu plus léger. Depuis "Road Movie" en 2001 puis "Le Cabaret des hommes perdus" en 2006, je suis tombée sous le charme de ce grand acteur, éminemment sympathique en plus. Les Anglais aussi, qui lui ont offert l'année dernière le rôle d'Aragorn dans la comédie musicale "Le Seigneur des anneaux". Bienvenue dans le fan-club !
Valérie Beck