"Marie-Antoinette. Correspondance 1770-1793" jusqu'au 20 février au foyer du Théâtre de la Madeleine, 19 rue Surène, Paris 8e, tél. 01 42 65 07 09. Du mardi au vendredi à 19h, 20 euros. Texte d'Evelyne Lever, lecture par Marianne Basler.
Comment y aller ? M°Madeleine, station vélib 1 rue d'Anjou (8014)
"Décembre 1774. On me presse de toutes parts de me mêler des affaires. M. de Choiseul m'a laissé entendre qu'il n'y avait que deux partis qui s'offraient à moi : gagner mon époux par les voix de la douceur ou le subjuguer par la crainte. Que faire ? Et puis je pleure sans raison. Mais qu'est-ce donc que la vie ? Est-ce de répéter les mêmes gestes et les mêmes paroles aux mêmes heures, d'avoir l'air heureux quand on a envie de pleurer, d'accueillir avec le sourire des gens qu'on déteste, de se soumettre à une étiquette ridicule, de subir les reproches de l'abbé et ceux de l'impératrice, de se contraindre pour tout, même dans l'intimité avec un mari qui n'est pas comme je l'aurais souhaité ?"
Marie-Antoinette a quatorze ans quand elle arrive de son Autriche Natale à la Cour de France, trente-sept ans quand elle est conduite sur l'échafaud, le 16 octobre 1793. 23 ans où son histoire intime est évidemment indissociable de la Grande Histoire, 23 ans de correspondances captivantes et émouvantes que nous livre avec beaucoup de talent Marianne Basler au foyer du Théâtre de la Madeleine.
Ici, et c'est là tout le plaisir de ce spectacle, en filigramme du portrait d'une femme, femme-enfant délaissée par son époux le Roi, femme de cour frivole et inconsciente, femme amoureuse de Fersen, mère aimante aussi et femme politique avisée mais sur le tard, se dessine le portrait d'une France entre deux époques, celle d'une monarchie fastueuse bientôt révolue et celle d'une révolution en marche et d'une république balbutiante. Témoin privilégié, Marie-Antoinette est un sacré personnage théâtral. Et on suit avec passion, même si on en connaît l'issue fatale, les quatre dernières années au Palais des Tuileries depuis octobre 1789, avec les tractations politiques, la rencontre secrète avec Mirabeau, la tentative de fuite, les décisions de l'assemblée. Cette correspondance, construite par Evelyne Lever, grande spécialiste de Marie-Antoinette et consultante sur le film de Sofia Coppola, nous place aux premières loges pour suivre ce parcours hors du commun servi par Marianne Basler, royale. Le foyer du théâtre de la Madeleine prend des airs de boudoir précieux. Filez voir cette lecture touchante et instructive.
Valérie Beck
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