@@@ Drame. 1h20
"Terre Sainte", jusqu'au 12 avril au Théâtre de la Tempête, à la Cartoucherie, route du champ de manoeuvre, Paris 12e, tél. 01 43 28 36 36. Du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h30. De Mohamed Kacimi, mise en scène de Sophie Akrich, avec Bernard Allouf, Lily Bloom, Mehdi Dehbi, Katia Dimitrova, John Kokou.
Comment y aller ? M°Château-de-Vincennes, puis bus 112, arrêt Cartoucherie ou navette gratuite de la Cartoucherie à la station de taxis.
"Il n'y a plus d'innocents, nous sommes trop dans la merde pour nous permettre le luxe d'avoir des innocents. Un jour, il faudrait arrêter de mourir pour emmerder l'ennemi, car notre mort n'emmerde que nous et ce n'est même pas sûr."
Mohamed Kacimi est un auteur magnifique. Et il est l'une des très bonnes raisons pour foncer découvrir "Terre Sainte", sa pièce jouée pour la première fois en France, sur la scène du théâtre de la Tempête jusqu'au 12 avril. Il nous plonge au coeur d'une ville sainte assiégée, sur la bande de Gaza ou ailleurs, dans un immeuble toujours debout, comme une quille sur une piste de bowling bombardée. Y habitent Imen, une jeune fille sans nouvelles de sa mère, disparue au check-point, et Alia et Yad, un couple voisin avec leur fils Amin, étudiant consciencieux.
Chacun cherche comme il peut à se raccrocher à un quotidien d'une banalité finalement bien rassurante au milieu de l'horreur quotidienne, à se préserver malgré tout. Ainsi Imen prête à traverser la ville pour ramener des rondelles de concombre comme anti-cernes et accrochée à son petit chat estropié Jesus, Yad qui noie son trop plein de guerre dans des verres d'arak, Amin lui qui pense trouver la paix vers Dieu. Ce sera malheureusement tout le contraire, puisque c'est au nom de Dieu qu'il va tuer et détruire l'équilibre précaire de ses habitants. Petit à petit, Mohamed Kacimi nous plonge au coeur même de violence. Une violence d'autant plus insoutenable qu'elle s'attaque aux fondements même de l'humain. La mise en scène de Sophie Akrich magnifie ce texte poignant, et en restitue toute sa violence sourde. Les comédiens, tous excellents, nous laissent à la fin de la représentation sous le choc, bouleversés. Une pièce dense et essentielle.
Valérie Beck
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